à toi

à toi ma joie, mon t-shirt préféré rayé troué, mon stylo d’encre noire et lourd, mes pensées qui vagabondent, mon miroir d’eau salée, ma foi tranquille, ma joie indocile, ma terrifiante absence, mon ciel d’été, ma mer bleutée, mon horizon calcaire, ma terre brûlée, ma mine des petits matins, mon art des petits riens, ma maison reine et sereine, ma panoplie complète, mes promesses tout le temps, mes textes enfouis ou éclairés, mes carnets oubliés, mes cartons déballés, mes valises en vrac, mon sac toujours prêt, mon envie de tout faire,

à toi mon plancher de travers, mes escaliers usés, mon absence de tapis, mon jardin enfriché, mes fenêtres de pluie et de traces de pluie, mes matelas partout pour les amis,

à toi mon souffle qui s’allonge ou m’abandonne, mon corps lourd, mes mains moites, mes hanches solides, mes seins d’écume, mon ventre mou, mes cicatrices-souvenir, mes vergetures d’enfant, mes épaules rondes, mon dos tenace, mes cuisses qui frottent, mes poils partout, à toi mon refuge mon abri mon temple mon fardeau,

à toi mon idéal sans cesse renouvelé, ma tortue de terre, mon envie de mieux faire, ma patience limitée, ma fraicheur de Bretagne, mon enfant du mouvement, ma belle gourmandise, mon briquet-collier, ma curiosité, mes doutes et mes désirs, mon envie d’accueillir, mes affiches de Chagall, mon joli vélo rouge, ma fleur intérieure,

à toi ma forêt imaginaire, mes heures de réflexion, mon flamboyant d’enfance, ma plage abandonnée, mon bestiaire fantastique, mes livres empilés, mes amies merveilleuses, ma décapeuse thermique, mon nouveau grand amour, mon sommeil instantané, ma résilience partout, ma résilience tout le temps, mon poème préféré,

à toi mon temps qui passe, dont je ne me lasse pas, mon midi à minuit, mon absence de peur, à toi mon présent, mon passé et mon tout

à toi je te retiens je te délivre te remercie, je ne sais qui de toi ou de moi fait partie de l’autre et je te porte en moi comme autant de bagages comme autant de voyages que j’observe de loin

à toi, à moi, à nous.

un texte écrit par Marine Bellafiore

crédits photos : Jeanne Gld