La route

tu te demandes parfois
si tu as pris le bon chemin
si t’as tourné au bon endroit
si tu as bien lu les panneaux
si tu t’es pas trompé de train

tu te demandes alors en vain
qu’elle était la meilleure route
la plus rapide ou la plus douce
et si t’es parti de bonne heure
ou plutôt de mauvaise humeur

continue
continue
t’arrête pas
toujours tout droit
baisse la tête
entête-toi
continue
continue
toujours tout droit

le jour se passe sans efforts
mais la nuit tâtonne bout-dehors
tu tournes en boucle
en court-circuit
tu as tout fait comme il fallait
tu as rempli tous les contrats
tu as signé tous les papiers
sans jamais lire entre les lignes

tu es arrivé aujourd’hui
dans le confort de cette vie
au bord du vide
évidemment c’est pas si simple
il faut éviter les dangers
se prémunir de trop rêver
et tu t’es bordé bien carré
dans une vie en papier mâché
tu as rangé dans l’enveloppe
les circonstances atténuantes
tu t’es perdu
peu à peu tu t’es tu
et…

continue
continue
t’arrête pas
toujours tout droit
baisse la tête
entête toi
continue
continue
t’arrête pas
toujours tout droit
toujours tout droit
continue
continue

tu as voulu bien faire
et tu as fait beaucoup
tu as promis
tenu le pari
sans répartie
et puis
finalement non merci
cette vie que tu avais choisie
te regarde lentement t’éloigner
sur la grève comme un rêve
pourtant bien loin du paradis

il suffisait de se dire oui
de tournoyer à s’étourdir
et de s’aimer sans s’alourdir 
une autre voix et des demains
sans parapluie
sans illusion sans désespoir
avec la ferme intention de croire
que tout est permis quand on aime

continue
continue
t’arrête pas
regarde autour de toi
lève la tête
tu y crois
continue
continue
t’arrête pas
tout tourne autour de toi
continue
continue
continue

Version slam pour les oreilles

un texte de slam poésie écrit par Marine Bellafiore

photos : Jeanne Gld