Carnet breton 2026

Je cartographie les côtes bretonnes pour découvrir ma place sur la carte. Il doit bien exister un chez moi quelque part.

Il s’agit de trouver sa place. Garder confiance, courage, s’écouter, persévérer. Ne pas céder à l’inquiétude et suivre le soleil. Trouver sa crique, son cirque, son trou d’herbe ou son bout de mer et savoir le reconnaître. Pour cela il faut bien se connaître et accepter de faire des choix. 

Rien = tout

J’ai vu les rails m’emporter loin de Paris, les cygnes au bord de Seine, des heures de champs insignifiants, la vie de Coluche en stéréo, un plateau d’huîtres au bord de la route, un début de doute pour la nuit, un peu d’errance et d’inconfiance, l’horizon bleu, une crique, une pointe, une crique, une pointe, ma guinguette familière, la marée s’éloignant, remontant sous mes pieds, mon corps dans l’eau salée, fraîche et chantante, des méduses échouées, du sable et des rochers, front de mer bouché, route saccadée, je roule en sac à dos et je m’en vais, du vent dans les yeux, l’odeur des vestiaires de mon enfance, dormir jusqu’à pas d’heure encore mieux que nulle part ailleurs car je suis ici et partout. Je cherche les interstices, je gambade en quête de solitude, je fuis les villes, les gens, et je m’assois seule sur des bancs. Trébucher sans lacets, me laver les cheveux sur la plage, manger comme picorer, fabriquer le café le matin, l’écouter couler c’est bien, trouver une île au milieu de la terre, toujours remonter la rivière, funambule sur un arbre perché, espérer qu’il ne brûle jamais, écouter les oiseaux sans les reconnaître, comme les arbres, les nuages, les étoiles, et puis s’en foutre, trouver beau le son de l’eau et le vert des feuilles, faire les détours des courbes des villages , attraper des paroles, écouter les rires, regarder comme les gens sont beaux. Et même en ayant mal aux jambes, de monter et descendre le sentier, même en étant fatiguée, en dormant à l’envers, de travers, trouver que la vie c’est pas mal quand même, et quand c’est simple, c’est encore mieux.

Prendre la route comme la tangente, arpenter le sentier qui se ressemble et qui diffère du Nord au Sud, de plages en falaises, de sable en granit, du bleu turquoise au bleu marine. Des points de vue qui ne coupent pas le souffle, au contraire qui l’allongent, l’amplifient, le ramènent au cœur du ventre mer, du ventre terre, du plein poumon.

Manger des boîtes de poissons et trouver ça bon, même avec du pain dur.

Quand l’agitation disparaît
Que je respire
Que je renais
À la lumière
À l’essentielle
Simplicité
Je ne m’en veux pas
Oui je m’en vais 

Vider le seau le matin
La journée l’air de rien
S’égrène doucement
Au gré du courant
À marée haute
À marée basse
Je pourchasse 
La vérité
Et j’accomplis
Un quotidien 
Je ne prétends pas 
Réinventer
Seulement trouver
Entre la plage et les rochers
Un petit bout de Marine dorée 

J’écris dans ma tête
Et je ne suis nulle part
Aussi bien
Aussi limpide
Aussi moi-même
Simplement dans l’observation 
Du minuscule
Mouvement d’âme
Bruissement d’air
Souffle de mot
Pas toujours net 
Ou absolu 
Mélodie guide
Le tempo 
Dicte mes choix
Mes embranchements
Sans abuser
Laisse infuser 
En perfusion
La poésie
Moteur profond
De mes rebonds 

Fragments de textes écrits par Marine Bellafiore