Mafiore

ateliers d'écriture, collages, badges, slam poésie et puis qu'advienne la vie…

Carnet breton

Cet été je prends la route et un carnet avec mon plus beau stylo, et je file en Bretagne sentir le vent dans mes cheveux et les embruns mouiller mes joues pour écrire, écrire, écrire.

Ça commence par une gare où je laisse mon enfant, puis une ville, belle mais bruyante, puis un lac vert tendre, puis une cité du livre, puis très vite tout s’efface et la mer apparaît.

Alors le cap d’Erquy, la bruyère et les fleurs, ma peau nue dans la Manche, et mes pieds qui avancent et mes pas qui dessinent un chemin, qui cheminent en cherchant où tu as pu passer, où tu as respiré, quelle fleur tu as cueillie. Toi qui m’a donné la mer comme prénom parce que tu l’aimais tant, toi dont le cœur battait les océans, toi qui aimais ces falaises rocheuses et ces plages sauvages.

Cela ne m’étonne pas. Je te connais et je ne te connais pas. Je te cherche partout dans le paysage. Je cartographie chaque espace pour tenter de t’y retrouver.

Je n’y parviendrai pas, mais j’irai quelque part.

sensations

Et puis après des gens, du genre gentil, des tableaux, des souvenirs, la sensation de rencontrer des personnes qu’on connaît. Manger des moules à l’ail, marcher le long des ports, dormir dans mon camion, laisser mes pas choisir la direction, écouter chaque son de chaque plage, chaque reflet de la mer, décortiquer le paysage pour en extraire un sens, pour comprendre quelque chose.

Tenter de faire taire tout le bruit dans ma tête, le remplacer par des vagues fraîches et ondulantes.

Alors marcher encore tant qu’il y aura du bruit. Marcher sur les souvenirs oubliés, marcher pour retrouver celle que j’ai perdue.

Et puis regarder droit devant, penser à mon enfant qui a 6 ans aujourd’hui et qui n’est pas auprès de moi. Mon enfant du mouvement qui m’impressionne à chaque instant et qui sait bien vivre sa vie et explorer.

Alors je marche, je pense, j’écris et je respire.

Entre celle d’hier et celle de demain, je suis le lien. J’écris des lettres à ma mère, j’écris des lettres à ma fille.

je ne suis pas une aventurière

J’ai les yeux pourris les joues en feu et les cheveux ébouriffés. Je ne sais pas où aller, je ne sais pas où dormir. Je m’inquiète pour un rien, je ne fais que bouger, projeter, avancer. J’oublie de respirer. Je marche vite, comme si j’étais pressée. Comme si je devais profiter de tout, tout voir, tout connaître, tout entendre, tout sentir avant de mourir. Profiter comme rentabiliser. Ma vie, ne pas en gaspiller une minute à des choses futiles, comme si je ne devais jamais me reposer, jamais arrêter d’avancer, d’aller et de partir.

À vivre comme le vent je m’étouffe dans un souffle.

Je ne suis pas une aventurière, je suis un courant d’air, un matin frais sur l’horizon de la mer. Je vis en projetant, en jetant par devant, par dessus bord, mon énergie.

Je ne suis pas une aventurière, je suis en fuite, je cours je cours je cours dans chaque recoin dans chaque choix dans chaque voie je cours et de travers, très souvent je ploie. Lorsque la nuit se referme sur moi, je deviens ma propre proie. Et de mes yeux coulent tous les instants perdus. Mes yeux coulent et collent et se gonflent de toutes les courses effrénées jamais vraiment vécues, tout juste parcourues.

Je ne suis pas une aventurière, j’apprends simplement à être moi. Dans mon camion jaune qui sillonne la Bretagne, je vois des champs, des gens, des plages, je pense, je marche, je pleure, j’écris, j’apprends.

ce que j’ai appris

Hier j’étais partout ici et là et aujourd’hui la Bretagne c’est fini !

Deux semaines d’aventures, entre solitude et rencontres. Souvent trop de monde, parfois un peu trop seule. J’ai marché, beaucoup mais pas assez, je voudrais marcher encore sur le sentier des Douaniers et plonger dans la mer à chaque virage, à chaque plage, à chaque côte, à chaque crique…

J’ai écrit beaucoup, sans doute pas assez, mais plein de textes en cours à découvrir bientôt. J’ai eu des souvenirs, des fous rires, des moments de panique, des journées épiques. J’ai changé sans changer, j’ai appris sans oublier, j’ai aimé sans me perdre, j’ai pleuré sans tristesse. J’ai retrouvé un peu de ma mère dans la mer et beaucoup de moi-même. J’ai appris à accepter, à laisser faire, à lâcher-prise, à accueillir sans me résigner. J’ai appris à patienter, à farniente, à ralentir. J’ai appris à m’écouter, à me faire confiance, à me décider. J’ai appris à me respecter.

J’aimerais que la vie ce soit toujours les vacances, ou plutôt ne pas attendre les vacances pour vivre.

Justement, j’ai observé des gens vivre leurs convictions, poursuivre leurs rêves, ne rien abandonner, opiniâtres et déterminés à poursuivre leur chemin. J’en suis émerveillée. Alors peut-être que maintenant je m’autorise un peu à le penser et à le dire, parce que je le veux tellement fort : un jour, j’en suis sûre, j’aurai un bateau, et j’irai sur la mer, qui est la chose que je préfère dans la vie (avec la poésie).

Et toi, tu viendras avec moi ?

7 réponses à “Carnet breton”

  1. Avatar de gonzalez cindy
    gonzalez cindy

    j’ai adoré te lire…..j’espère en lire encore beaucoup ?je suis fan. Félicitations pour ton don ,ton talent.
    J’aimerai savoir écrire

  2. Avatar de Gris Cécile
    Gris Cécile

    Bravo Marine pour ce joli texte
    Il te ressemble bien : généreuse, souriante mais aussi mélancolique

    Au plaisir de se revoir
    Et quel site ! Gros boulot certainement… Très chouette

  3. Avatar de christophe bellafiore
    christophe bellafiore

    salut chère marine ,
    je trouve ce récit plein de vie et suis impressionné par le fait que tu sois capable d’embrasser seule celle ci avec ce regard si pertinent et parfumé….
    j’aime aussi ces rencontres, ces hasards et ces solitudes ……..
    je t’embrasse bien fort et j’ai pris bien plaisir a te lire …
    christophe

  4. Avatar de Enselme Michel
    Enselme Michel

    Ouf…Le bol d’air poétique me saisit et me décoiffe (sic) le chemin me plaît beaucoup, j’en redemande ! Besos. Michel

  5. Avatar de Corine
    Corine

    Coucou…. Comment te dire que j’aime écrire aussi, pour ne pas oublier, pour garder le livre de la vie ouvert. J’aime beaucoup. Coco

  6. Avatar de Brossaud Valerie
    Brossaud Valerie

    Valerie
    30 août 2025

    Partir seule, c’est déjà une aventure. J’ai beaucoup aimé l’idée d’être sa propre proie et non celle des autres.
    Bonne rentrée
    A bientôt

  7. Avatar de H
    H

    Merci à ta mère, merci à votre mer. Chacune (a) fabrique de bien jolies choses.

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